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GEM-T 04

INTUITION, ÉMOTION OU RAISON?

Vous êtes-vous déjà demandé, au moment d’acquérir un bijou, lequel du coeur ou de la raison devrait
avoir le dernier mot ? On sait, comme nous l’a enseigné le philosophe Pascal, que « le coeur a ses raisons
que la raison ne connaît point », mais l’acheteur raisonnable et pragmatique, lui, s’appuiera plutôt sur des
faits, des chiffres, des problématiques d’investissement. L’or demeure la valeur refuge par excellence, celle
que l’on choisit quand le monde vacille. Certains rubis ou saphirs birmans non chauffés, certains diamants
de couleur voient leur cote grimper d’année en année, portés par une offre qui se raréfie. Les pièces
anciennes signées Cartier, Van Cleef & Arpels, Bulgari, entre autres, s’envolent, quant à elles, sous le
marteau des commissaires-priseurs à des prix souvent astronomiques. Alors, comment bien acheter ? Au
fil de nos rencontres, nous avons posé la question aux experts. Dans ce numéro, un négociant en pierres
précieuses nous explique pourquoi la valeur des rubis du Mozambique a explosé en l’espace d’une
décennie. Tout comme celle du spinelle de Mahenge, dont le prix au carat atteignait quelques centaines
de dollars lors de sa découverte en Tanzanie, en 2007, contre plusieurs milliers aujourd’hui.
Au détour d’un événement joaillier, j’ai eu la chance de croiser une spécialiste du diamant, qui portait
à l’annulaire une bague sertie d’un magnifique diamant : un spécimen exceptionnel, m’a-t-elle confié, qui
lui permettrait de tout quitter du jour au lendemain et de vivre à l’abri du besoin pendant de très longues
années. En attendant ce jour qui ne viendra peut-être jamais, elle m’a avoué porter son diamant
quotidiennement. Elle l’aime, tout simplement, au-delà de toutes considérations pragmatiques. Même
celles et ceux qui savent le mieux chiffrer un bijou, en évaluer la cote, en anticiper la hausse, finissent
vraisemblablement par céder à quelque chose d’un autre ordre : l’attachement, le souvenir, le plaisir de
porter une pierre parce qu’elle fait battre le coeur, ou de craquer pour un bijou des années 1980 simplement
parce qu’on en aime l’audace.
Alors, investissement financier ou investissement émotionnel ? La question, sans doute, est mal posée.
Car les deux se répondent souvent. Et s’il fallait une seule boussole pour naviguer entre les deux, je la
trouverais dans ces mots que l’on croit connaître par coeur, tant on les a lus, et qui pourtant ne cessent de
nous surprendre : « On ne voit bien qu’avec le coeur. » Saint-Exupéry ne parlait pas de bijoux. Mais n’est-ce
finalement pas ainsi qu’on les apprécie le mieux ?


MARIE DE PIMODAN,
RÉDACTRICE EN CHEF

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